Le spectacle avant le combat

Publié le par gac

L’usage voulait jusqu’ici que les gouvernements portent l’estampille de leur premier ministre. Mais au lendemain de la nomination de l’équipe Fillon, ne vaut-il pas mieux parler du gouvernement Sarkozy ? Car, manifestement, le nouveau président décide de tout dans les moindres détails, du redécoupage des ministères pour restructurer l’appareil d’État jusqu’à l’heure des joggings télévisés effectués en compagnie de son premier ministre. Le locataire de Matignon fait désormais clairement figure d’adjoint du chef de l’État, qui devient le seul et unique chef de la majorité. Ne nous y trompons pas. L’omniprésence du président est significative. L’équipe ministérielle est appelée à fonctionner comme une garde rapprochée autour du chef de l’État. C’est un dispositif de combat.

Alors, pour faire oublier l’essentiel, une communication réglée comme du papier à musique, relayée sans une once d’analyse critique par les grands moyens d’information, nous présente la composition du gouvernement comme un modèle d’« ouverture ». Soyons sérieux. Si quelques têtes nouvelles font leur apparition, tous les postes clés sont détenus par des fidèles du président, des acteurs de premier plan de sa campagne et des poids lourds de la droite. Tous sont là pour servir le programme défendu par le candidat UMP dans sa campagne et rien d’autre, tous sans exception, de Rachida Dati à Brice Hortefeux, en passant par Xavier Bertrand, Christine Boutin, Alain Juppé et, évidemment, François Fillon, bras droit et architecte du nouveau projet de la droite. On pourrait les nommer un à un, une à une. Quant à l’« ouverture » tant vantée, à ces nominations de personnalités venues du Parti socialiste, elles sont la récompense du ralliement et non la marque d’un élargissement. Elles ne signent aucun infléchissement du programme de Nicolas Sarkozy, mais soulignent seulement ldu naufrage idéologique de cette partie de la gauche qui depuis quelque temps n’avait d’yeux que pour le centre.

Reste que le style de cette première semaine élyséenne est significatif. Nous n’avons pas fini d’en voir. Le président Sarkozy a compris que pour mener à terme sa politique de casse des valeurs de justice sociale, d’égalité républicaine, de solidarité, il faudrait sans cesse les évoquer, leur rendre hommage, les flatter pour mieux les enterrer, comme on fait l’éloge dans les oraisons funèbres. Il sait que ces valeurs, certes brinquebalées et brouillées, continuent de marquer en profondeur notre pays. Faute de les abattre, il fera tout pour les désarmer et décourager les résistances qui pourraient se développer en leur nom.

Mais la politique spectacle, même hyperprofessionnalisée, trouvera ses limites. La visite du chef de l’État chez Airbus, hier à Toulouse, est de ce point de vue éloquente. Le coup médiatique est réussi. Le président a déjeuné tout sourire aux côtés des syndicalistes, d’une ouvrière en bleu de travail. Mais qu’a-t-il annoncé ? Rien. Ou plus exactement la même chose que son prédécesseur Dominique de Villepin et beaucoup moins que ce qu’il avait promis durant sa campagne quand il déclarait n’être en rien lié par le plan Power 8. Aujourd’hui, tous pouvoirs en main, que fait-il de plus ? Il invite à faire confiance à Angela Merkel, il promet de l’argent public... avant de retirer définitivement l’État de la gestion du groupe. Tout change pour que tout continue, en tout cas pour les actionnaires. La bataille de la démystification de la politique Sarkozy ne fait que commencer.

Pierre Laurent

Editorial paru dans l'Humanité édition du 19 mai 2007

 

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