Mobilisation dampleur chez Alcatel-Lucent
Le débrayage contre les 1 500 suppressions de postes en France a été très bien suivi. La mobilisation hier sur les différents sites - Alcatel-Lucent en France a été plus forte que prévu. La semaine dernière, après l’annonce par le groupe des 12 500 suppressions d’emplois au niveau mondial, l’intersyndicale avait appelé à deux heures de débrayage pour hier matin. Mais entre-temps, la direction française a précisé l’impact du plan pour la France, avec 1 500 suppressions de postes et 350 fins de contrat de salariés extérieurs. Face à l’ampleur de la catastrophe, les salariés - essentiellement des techniciens, ingénieurs et cadres puisque la production a déjà été presque totalement délocalisée - ont fortement réagi et, sur les sites de Bretagne, ont décidé d’aller au-delà du débrayage.
« les ingénieurs sont sous le choc »
Au centre de recherche et développement de Lannion (Côtes-d’Armor), 90 % des 1 000 salariés ont débrayé et poursuivi la grève toute la journée. L’établissement, qui a déjà perdu 600 postes - depuis 1999, lors de deux plans sociaux Alcatel, doit maintenant subir 217 nouvelles suppressions. « Les ingénieurs ne s’attendaient pas à de tels chiffres, ils sont sous le choc, raconte Marc Marandon (CGT). Les plans précédents se sont réglés par des mesures d’âge, mais ce ne sera pas le cas cette fois-ci. La direction peut proposer des chèques valises, mais ici ça ne prendra pas, car les salariés ne peuvent pas espérer trouver de travail ailleurs. » Le débrayage a été suivi à 100 % et s’est aussi transformé en journée de grève à Orvault (Loire— Atlantique) et à Rennes (Ille-et-Vilaine) qui forment un seul établissement de 800 salariés, pour lequel 218 suppressions de postes sont prévues. « On travaille sur un créneau d’avenir que le groupe disait vouloir maintenir, proteste Jean-Pierre Clavaud (CGT). En fait, ils veulent développer ces produits en Chine. Ces derniers mois, des salariés chinois sont venus se former ici. » Les deux sites de Rennes devaient être regroupés en septembre dans un nouveau bâtiment, mais ils vont finalement être fermés. Ce matin, les salariés rennais organisent un rassemblement pour « enterrer » symboli- quement ce bâtiment, explique Jean-Baptiste Riquet (CFDT).
manifestation ce matin à paris
En région parisienne, où 732 emplois doivent disparaître, le débrayage a été également bien suivi. À Vélizy (Yvelines), 1 000 salariés sur 3 000 y ont participé, ce qu’on n’a jamais vu. À Nozay, les grévistes étaient 600 sur 750, et ils comptent manifester ce matin devant le siège Alcatel-Lucent (rue de la Boétie, à Paris), où se tient le comité de groupe France. À Ormes près d’Orléans (Loiret), le site était en grève à 80 % contre les 100 suppressions de postes prévues sur 600. Illkirch (Bas-Rhin) était en grève à 50 %, tandis que des salariés - d’Alcatel-Alenia-Space, une filiale du groupe pas touchée par le plan, ont déployé devant le site une banderole en solidarité avec les collègues.
la direction fera pression
Pendant ce temps, le gouvernement comme la direction tentent de rassurer et de minimiser l’étendue des dégâts sociaux en martelant l’idée de départs « volontaires ». Le porte-parole du groupe s’est ainsi engagé à ce qu’il n’y ait « que des départs volontaires, sans licenciements contraints », ce qui rejoint le souhait exprimé par le ministre de l’Économie, Thierry Breton. Mais les mesures d’âge, qui en effet trouvent souvent preneurs parmi les salariés, ne représentent cette fois qu’une minorité des suppressions de postes. Pour le reste - reclassement interne ou externe, mutation, projet personnel avec chèque valise -, la direction fera pression. « Le volontariat, on connaît, commente Dominique Campagna (CGT), du site de Vélizy. Le chef vous convoque et dit que vous êtes volontaire. »
Fanny Doumayrou
Article paru dans l'Humanité édition du 16 février 2007