Sarkozy s'invente une victoire

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RETRAITES . Pour Jean-Christophe Le Duigou (CGT), cette bataille referme la période post-électorale où le président pensait pouvoir tout imposer.

« Cette réforme, je l’ai promise, je l’ai te- nue », a lancé, hier, le président de la République. Assurant d’une pensée tous ceux qui « ont été pris en otages », il a insisté : « La ré- forme ne pouvait plus être dif- férée. » Des paroles attendues dans les rangs de l’UMP où l’on souhaitait une victoire à plate couture et où l’on se pré- parait à descendre dans la rue contre les grévistes. Reste que l’intervention du chef de l’État, promise depuis plu- sieurs jours à un « vingt heures » de la télévision, s’est transformée en discours mezzo voce à l’occasion de la remise d’un rapport sur Inter- net, hier, dans les salons de l’Élysée. Car la victoire est loin d’être acquise pour la droite, son gouvernement et son pré- sident. L’objectif était de ré- gler très vite la question des ré- gimes spéciaux pour passer au gros morceau, le régime géné- ral, en position de force. Pas question, affirmait Ni- colas Sarkozy, de discuter le cadre de la réforme, seuls les à-côtés pouvaient, selon lui, faire l’objet de négociations entreprise par entreprise. Or son gouvernement se retrouve aujourd’hui en première ligne, obligé de négocier durant un mois avec l’ensemble des or- ganisations syndicales, sans aucun préalable. Le cadre de la réforme comme les modali- tés d’application sont sur la table. « Il n’y a pas de vain- queur mais la situation s’est inversée, ce ne sont plus les cheminots qui sont sur la dé- fensive, c’est le gouvernement. Aucun décret n’est passé et, pour notre part, nous sommes toujours sur le rejet de la ré- forme », analyse Éric Ferrere, responsable des cheminots CGT de Toulouse.

Les négociations ont donc seulement commencé et, déjà, sur plusieurs points, la mobili- sation a permis de décrocher, pour les salariés, plusieurs avancées telles que l’intégra- tion de primes dans le calcul de la retraite, une augmentation des salaires en fin de carrière avec répercussion dans le cal- cul des pensions, l’atténuation de la décote. Un acquis qui peut devenir un point d’appui non négligeable dans les dis- cussions prévues en 2008 sur le régime général.

« Cette bataille marque la fin de la période post-électo- rale où Nicolas Sarkozy pou- vait s’arc-bouter sur sa légiti- mité pour imposer ses ré- formes », estime pour sa part Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT. « Toute réforme devra maintenant faire l’objet d’un débat public, être confrontée aux différents intérêts sociaux tels qu’ils s’expriment. Nous entrons dans une nouvelle phase de l’affrontement social marquée par la confrontation sur le contenu des réformes, ce que nous n’avons pas été ca- pables de faire sur le paquet fiscal ou même sur la franchise médicale », ajoute-il. Et, selon lui, « on entre dans un nou- veau cycle politique ».

Sur le terrain, si la grève est suspendue, l’heure est tou- jours à la mobilisation. Des as- semblées générales viennent les échos de la détermination, l’expression d’une volonté de rester vigilant, de suivre de près les négociations et de dé- cider, si nécessaire, de nou- velles actions. « On a com- mencé à regagner la bataille des idées. Chez les usagers qui sont en même temps des sala- riés, on a senti de la fatigue mais aussi de la compréhen- sion », apprécie Éric Ferrere.

Jacqueline Sellem

Article paru dans l’Humanité édition du 24 novembre 2007

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