entretien . Le porte-parole de Convergence (1), Bernard Defaix, sera samedi à Firmi (Aveyron), où sera lancée la campagne pour des états généraux du service public, prévus en mars.
Pourquoi organisez-vous des états généraux du service public le 10 mars prochain ?
Bernard Defaix. Depuis l’origine de notre mouvement, nous voulons faire des services publics une question structurante de la transformation sociale. Dans la cohérence de ce message, nous souhaitons mettre le service public au coeur des débats électoraux. En allant vers des états généraux du service public, en articulation avec les services publics au pluriel, nous insistons sur la nécessaire globalisation de cette problématique. Il ne s’agit pas de nier les spécificités de chaque service public, mais de mettre en évidence les points communs que l’on trouve dans les luttes au quotidien. Ceux-ci concernent aussi bien la « stratégie de sabotage » mise en oeuvre pour les segmenter et affaiblir leurs missions, que les perspectives d’avenir de la notion de service public comme appropriation sociale et démocratique et outil d’égalité dans l’accès aux droits fondamentaux.
Pensez-vous pouvoir dégager des convergences pour porter des propositions dans la campagne ?
Bernard Defaix. La fonction de nos états généraux est de trois ordres. D’abord, il s’agit d’offrir une perspective de convergence des luttes pour qu’elles s’articulent et se globalisent. Des batailles revendicatives se développent dans de nombreux secteurs, comme à La Poste, dans l’énergie, sur la carte scolaire... Ensuite, il nous faut progresser dans les propositions et l’affirmation publique de notre conception du service public. Ces états généraux prépareront le lancement d’un manifeste porté avec l’ensemble des acteurs politiques, syndicaux, associatifs de la fédération. Enfin, il s’agira de franchir une étape du combat dans la durée pour peser sur les choix de société. Un débat lié à la campagne électorale, car chaque candidat à la présidentielle a la responsabilité de proposer un avenir à la France. Pour nous, cela passe, notamment, par le service public comme choix de société incontournable.
Que pensez-vous des engagements de Jacques Chirac, lors de ses voeux en Corrèze, sur le service public en milieu rural ?
Bernard Defaix. Cela ne m’a guère étonné que Jacques Chirac, en visite dans un département rural, développe ce thème. Il y a une certaine prise en compte de la question des services publics, liée aux luttes qui gagnent en dimension. On l’a vu avec la mise en place de la conférence nationale des services publics ruraux par Jean-Pierre Raffarin, ou avec la charte signée entre Dominique de Villepin et les opérateurs publics cet été. Mais cela s’accompagne d’un combat idéologique sur leur conception, avec un glissement du service public vers le « service au public », où l’usager est remplacé par le « client » censé ne s’intéresser qu’à la prestation, indépendamment de l’outil qui la réalise. De même, les politiques de fond perdurent pour mettre en concurrence, marchandiser, les secteurs, etc. Alors que nous faisons la démonstration inverse que si ce n’est pas le service public, la rentabilité prend le pas sur les droits fondamentaux.
Qu’allez-vous faire ce week-end à Firmi ?
Bernard Defaix. L’Aveyron a une tradition déjà longue de lutte pour les services publics, avec la défense de l’hôpital et de la maternité de Saint-Affrique, le combat pour la ligne SNCF Paris-Rodez, celui pour le maintien de La Poste, comme à Firmi notamment, où est organisée, ce samedi, une journée « d’expression citoyenne locale » (sorte de votation citoyenne - NDLR) sur la restructuration du bureau de poste. Le soir, un meeting est prévu avec des personnalités et les organisations qui nous soutiennent depuis le début. Ce sera l’occasion de lancer publiquement la campagne des états généraux du service public.
(1) Fédération nationale des collectifs de défense et de développement des services publics.
Entretien réalisé par Sébastien Crépel
Article paru dans l'Humanité dans l'édition du 12 janvier 2007.
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