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La parole à celles et ceux qui luttent

Dimanche 14 janvier 2007

entretien . Le porte-parole de Convergence (1), Bernard Defaix, sera samedi à Firmi (Aveyron), où sera lancée la campagne pour des états généraux du service public, prévus en mars.

Pourquoi organisez-vous des états généraux du service public le 10 mars prochain ?

Bernard Defaix. Depuis l’origine de notre mouvement, nous voulons faire des services publics une question structurante de la transformation sociale. Dans la cohérence de ce message, nous souhaitons mettre le service public au coeur des débats électoraux. En allant vers des états généraux du service public, en articulation avec les services publics au pluriel, nous insistons sur la nécessaire globalisation de cette problématique. Il ne s’agit pas de nier les spécificités de chaque service public, mais de mettre en évidence les points communs que l’on trouve dans les luttes au quotidien. Ceux-ci concernent aussi bien la « stratégie de sabotage » mise en oeuvre pour les segmenter et affaiblir leurs missions, que les perspectives d’avenir de la notion de service public comme appropriation sociale et démocratique et outil d’égalité dans l’accès aux droits fondamentaux.

Pensez-vous pouvoir dégager des convergences pour porter des propositions dans la campagne ?

Bernard Defaix. La fonction de nos états généraux est de trois ordres. D’abord, il s’agit d’offrir une perspective de convergence des luttes pour qu’elles s’articulent et se globalisent. Des batailles revendicatives se développent dans de nombreux secteurs, comme à La Poste, dans l’énergie, sur la carte scolaire... Ensuite, il nous faut progresser dans les propositions et l’affirmation publique de notre conception du service public. Ces états généraux prépareront le lancement d’un manifeste porté avec l’ensemble des acteurs politiques, syndicaux, associatifs de la fédération. Enfin, il s’agira de franchir une étape du combat dans la durée pour peser sur les choix de société. Un débat lié à la campagne électorale, car chaque candidat à la présidentielle a la responsabilité de proposer un avenir à la France. Pour nous, cela passe, notamment, par le service public comme choix de société incontournable.

Que pensez-vous des engagements de Jacques Chirac, lors de ses voeux en Corrèze, sur le service public en milieu rural ?

Bernard Defaix. Cela ne m’a guère étonné que Jacques Chirac, en visite dans un département rural, développe ce thème. Il y a une certaine prise en compte de la question des services publics, liée aux luttes qui gagnent en dimension. On l’a vu avec la mise en place de la conférence nationale des services publics ruraux par Jean-Pierre Raffarin, ou avec la charte signée entre Dominique de Villepin et les opérateurs publics cet été. Mais cela s’accompagne d’un combat idéologique sur leur conception, avec un glissement du service public vers le « service au public », où l’usager est remplacé par le « client » censé ne s’intéresser qu’à la prestation, indépendamment de l’outil qui la réalise. De même, les politiques de fond perdurent pour mettre en concurrence, marchandiser, les secteurs, etc. Alors que nous faisons la démonstration inverse que si ce n’est pas le service public, la rentabilité prend le pas sur les droits fondamentaux.

Qu’allez-vous faire ce week-end à Firmi ?

Bernard Defaix. L’Aveyron a une tradition déjà longue de lutte pour les services publics, avec la défense de l’hôpital et de la maternité de Saint-Affrique, le combat pour la ligne SNCF Paris-Rodez, celui pour le maintien de La Poste, comme à Firmi notamment, où est organisée, ce samedi, une journée « d’expression citoyenne locale » (sorte de votation citoyenne - NDLR) sur la restructuration du bureau de poste. Le soir, un meeting est prévu avec des personnalités et les organisations qui nous soutiennent depuis le début. Ce sera l’occasion de lancer publiquement la campagne des états généraux du service public.

(1) Fédération nationale des collectifs de défense et de développement des services publics.

Entretien réalisé par Sébastien Crépel

Article paru dans l'Humanité dans l'édition du 12 janvier 2007.

Par gac
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Mardi 16 janvier 2007
Automobile . L’équipementier a annoncé 310 suppressions d’emplois sur son site de l’Eure. Une partie de la production pourrait être délocalisée.

Charleval, Fleury-sur-Andelle (Eure), envoyée spéciale.

Quelques boutiques ont tiré leur rideau, accroché à leur porte une affichette en - solidarité et fermé pour une heure. Des curieux, à la sortie de la boulangerie, reconnaissent et saluent un voisin, un parent. Dans la petite vallée très industrielle de l’Andelle, à une trentaine de kilomètres de Rouen, on dit que « quand Metzeler tousse, c’est la - vallée qui s’enrhume ».

Délocaliser vers la Tunisie

Samedi matin, entre Charleval et Fleury-sur-Andelle (Eure), près de 800 personnes, salariés et élus locaux, militants du PCF et de la LCR, ont défilé contre les 310 suppressions d’emplois annoncées par la direction de l’équipementier automobile, soit plus du tiers de l’effectif. Metzeler, spécialisé dans les joints en caoutchouc, est le premier employeur de la vallée - 180 communes sont concernées - et le deuxième du - département.

Comme beaucoup d’entreprises du secteur, sur un marché atone, Metzeler souffre des baisses de commandes des constructeurs français, Renault et Peugeot-Citroën. Certains modèles tombent en obsolescence, sans être remplacés. Selon la direction, l’équipementier aurait perdu « 30 % » de son chiffre d’affaires en deux ans. Conséquence, sous la pression des donneurs d’ordres, la décision a été prise de délocaliser vers la Tunisie une partie de la finition, l’activité la plus gourmande en main-d’oeuvre, d’ici à 2008. « Les chiffres de la direction sont truqués, - dénonce Olivier Martin, - secrétaire de la Coordination démocratique des travailleurs Metzeler, le syndicat majoritaire. Ils sont artificiellement gonflés, les productions en fin de vie concernent une centaine de personnes, pas 310 ! » Derrière lui, le mégaphone à la main, Yamina chante et scande à tue-tête, sans arrêt : « Metzeler, en colère » ou, sur un air d’Alan Stivell, « Dans la vallée / de l’Andelle / dans la vallée / bientôt y aura plus de boulot. »

Les actionnaires « ont tout pompé »

Nombreux sont les salariés à craindre, à terme, une fermeture du site. « Du jour où cette entreprise a été - reprise par des actionnaires, ils ont tout pompé », estime Frédéric, dix-huit ans d’ancienneté et nostalgique d’une « boîte familiale où les - patrons étaient aussi impliqués que nous ».

Metzeler, qui, selon son site Internet, emploie 10 000 personnes dans le monde, réparties dans 30 usines, et réalise plus de 900 millions de dollars de chiffre d’affaires, est, depuis 2000, la propriété du fonds d’investissement CVC. « On a des chefs intérimaires, - raconte Dominique, cinquante et un ans, dont trente-cinq passés dans l’usine. Le directeur actuel est là pour une mission de huit mois. Ils ne connaissent rien au produit, il y a des tonnes de - déchets. » L’ouvrière, brune, coupe courte, quelques discrètes mèches violettes, est en dépression depuis trois mois. « C’est presque devenu l’armée, on n’a plus de pause-café, de cigarettes, c’est le stress toujours, et en plus, on ne sort rien de bon. »

L’appel aux politiques

Un peu à l’écart, le long du trottoir, sans autocollant ni banderole, Sonia, quinze ans d’ancienneté, lâche doucement son amertume : « On veut tout nous enlever dans la vallée, avec ces actionnaires qui s’en mettent plein les poches et puis je n’ai rien contre les étrangers, mais, à la fin, y en a marre. Ils prennent tout notre boulot. Et le gouvernement s’écrase. » « Non, non, à la délocalisation », le slogan résonne jusqu’à la banderole du syndicat SUD, « pour le droit au travail en France », et un - comité de mobilisation qui prône l’interdiction des - licenciements. L’appel aux politiques est omniprésent. « Au-delà de la direction de Metzeler, il faut mobiliser les politiques pour inverser la tendance », explique Patrick Bridoux, délégué FO. Conforté par Alain Le Guen (CGT) : « Ou la France - deviendra un pays touristique, sans industrie. »

Lénaïg Bredoux

Article paru dans l'Humanité édition du 15 janvier 2007

Par gac
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Mardi 23 janvier 2007
FSU, UNSA éducation, FERC-CGT, SGEN-CFDT et FAEN : les cinq fédérations de l’éducation appellent à la grève le 8 février, dans le cadre de la journée d’action des fonctionnaires pour le pouvoir d’achat. Objectif : contrer les restrictions budgétaires « qui s’ajoutent aux attaques répétées contre nos métiers, à la dégradation des conditions de travail et au développement de la précarité ». Aujourd’hui, seulement la FSU appelle à la manifestation, rejointe par la FAEN, le SNALC-CSEN et le SNETAA. Localement, plusieurs unions de la FERC-CGT et antennes de la FCPE se sont mobilisées, ainsi que des sections du Parti communiste français (PCF).
 
Profs : blues, lassitude et colère

Éducation . Les enseignants manifestent aujourd’hui, à Paris, contre la casse de leur statut. Particulièrement attaqués dans leur profession, les profs d’EPS devraient être nombreux à se mobiliser.

Fatigués. Pas l’abattement total, non. Mais fatigués. À la veille de la manifestation nationale qui se tient aujourd’hui, à Paris, à l’appel de la FSU (lire ci-après), les enseignants semblent avoir le moral pas très loin des chaussettes. Certains parlent de coup de blues, d’autres préfèrent dire lassitude. Et à coup sûr, les profs en ont assez du sort qui leur est fait. Il n’en va plus seulement des mesures assénées depuis quatre ans. Mais d’une mise en cause galopante de leur professionnalisme, sous-entendue tantôt par les réformes, tantôt par les remarques assassines que l’entrée en campagne électorale exacerbe. « J’ai le sentiment qu’elle va se faire sur notre dos », résume Dante Bassino, professeur de génie mécanique au lycée polyvalent Louis-Armand de Paris. Enseignant depuis six ans, il en a passé cinq en tant que TZR. Comprendre : titulaire sur zone de remplacement, appelé à suppléer ses collègues absents. Inconfortable, raconte-t-il. « Je ne savais jamais dans quel établissement j’allais être affecté, ni pour quelle matière. » Pendant quatre ans, il a été appelé sur des disciplines qui n’étaient pas la sienne. Cette année, il est sur un poste fixe, mais ce nouveau confort n’empêche pas l’inquiétude. Une réforme des filières techniques dort dans les tiroirs ministériels, dont on ne leur dit rien. « Je suis prêt à me reconvertir dans une autre discipline, encore faut-il savoir laquelle. » Alors, quand, en sus, les candidats exhument les poncifs sur les profs qui ne travaillent pas assez, ça ne passe plus. « De nouveau, cette vieille idée que l’on ne travaillerait que dix-huit heures. » Lui, entre les machines à entretenir, le matériel à commander et les TP à préparer, il sait qu’il explose le forfait. Syndiqué à la FERC-CGT, il ne se sent pas abattu pour autant, et manifestera. « Mais c’est usant, admet-il. Nos postes sont supprimés, nos salaires bloqués, nos statuts cassés. Et en plus, on nous considère comme des boulets financiers. »

« on casse notre outil de travail »

Il n’est pas le seul, loin s’en faut, à avoir Ségolène Royale et ses « 35 heures de présence » dans le nez. Diffusée sur Internet, la vidéo où on l’entend dire que les profs ne passent pas assez de temps auprès de leurs élèves a fait quelques ravages. Ses propos concernant l’assouplissement de la carte scolaire (1) aussi. « J’enseigne depuis sept ans et c’est la première fois qu’un tel coup au moral est porté par ceux censés nous défendre », raconte Rémi Letrou, prof de philosophie (TZR) à La Rochelle, en Charente-Maritime. Le « nous » désigne la communauté enseignante, chez qui il décèle un recul « des convictions profondes. Les collègues disent qu’ils iront "malgré tout" voter Ségolène ». Non syndiqué, lui se définit plus proche de l’extrême gauche, ce qui ne l’empêche pas de se sentir « lâché ». Et d’évoquer un coup de blues généralisé. « Un phénomène d’apathie, alors que tout le monde est profondément choqué par les dernières mesures. Pourtant, reprend-il, on n’arrive plus à trouver de levier pour mobiliser. » Peut-être le traumatisme du mouvement de 2003 (2), ou encore les départs en retraite qui voient les « fers de lance des luttes » lâcher peu à peu le morceau, analyse-t-il. Peut-être, aussi, l’absence d’avenir. « Le sentiment qu’il n’y a plus rien pour nous, que l’on casse notre outil de travail. » Rémi ne viendra pas à Paris ce samedi, mais il a participé à la collecte pour financer le voyage de ses collègues.

Il n’y a pas de méthode miracle

Blues à tous les étages ? « Non, assène Muriel Hoffmann, professeur des écoles à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne. Du ras-le-bol, de la colère, d’accord. Mais on ne va tout de même pas déprimer. » C’est vrai, nuance-t-elle, certaines collègues qui partent à la retraite lui souhaitent bon courage pour un avenir qui s’annonce sombre. Elle-même nourrit le sentiment qu’on fait porter le chapeau aux enseignants. Dans son collimateur, la directive Robien sur les méthodes d’apprentissage de la lecture au CP (3). « Mais quand tu as 25 mômes, de 4 niveaux différents, il n’y a pas de méthode miracle. » C’est son cas. Un élève de niveau CM1, mais pas assez mature pour passer. Un autre qui aurait eu besoin qu’on lui accorde du temps, mais trop vieux pour la maternelle. Et puis les deux groupes, classiques, à ce stade de l’apprentissage, de ceux qui lisent facilement et de ceux qui calent un peu. « Les uns travaillent en autonomie pendant que je m’occupe des autres. » Insuffisant, forcément, pour les deux enfants isolés. Non syndiquée, mais proche du SNUipp, elle devrait manifester ce samedi, mais se dit non partante pour une grève. « Avant les élections, ça ne changera rien. » Elle attend même que l’orage passe. « Je me concentre sur ma classe. Je me dis que les élections peuvent amener de nouveaux ministres, et de nouvelles réformes. » Son voeu numéro 1 : le retour des emplois-jeunes. « Pour m’aider à travailler en petits groupes. »

(1) Sectorisation des élèves et répartition des postes d’enseignants dans les académies.

(2) Les personnels de l’éducation avaient fait grève plus de deux mois sans gagner sur leurs revendications.

(3) Signée par le ministre de l’Éducation en janvier 2006, elle commande aux enseignants d’abandonner

la méthode globale pure, ce qu’une large majorité assurent avoir fait depuis longtemps.

Marie-Noëlle Bertrand

Article paru dans l'Humanité des Débats édition du 20 janvier 2007

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