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Éducation . Les enseignants manifestent aujourd’hui, à Paris, contre la casse de leur statut. Particulièrement attaqués dans leur profession, les profs d’EPS devraient être nombreux à se mobiliser.
Fatigués. Pas l’abattement total, non. Mais fatigués. À la veille de la manifestation nationale qui se tient aujourd’hui, à Paris, à l’appel de la FSU (lire ci-après), les enseignants semblent avoir le moral pas très loin des chaussettes. Certains parlent de coup de blues, d’autres préfèrent dire lassitude. Et à coup sûr, les profs en ont assez du sort qui leur est fait. Il n’en va plus seulement des mesures assénées depuis quatre ans. Mais d’une mise en cause galopante de leur professionnalisme, sous-entendue tantôt par les réformes, tantôt par les remarques assassines que l’entrée en campagne électorale exacerbe. « J’ai le sentiment qu’elle va se faire sur notre dos », résume Dante Bassino, professeur de génie mécanique au lycée polyvalent Louis-Armand de Paris. Enseignant depuis six ans, il en a passé cinq en tant que TZR. Comprendre : titulaire sur zone de remplacement, appelé à suppléer ses collègues absents. Inconfortable, raconte-t-il. « Je ne savais jamais dans quel établissement j’allais être affecté, ni pour quelle matière. » Pendant quatre ans, il a été appelé sur des disciplines qui n’étaient pas la sienne. Cette année, il est sur un poste fixe, mais ce nouveau confort n’empêche pas l’inquiétude. Une réforme des filières techniques dort dans les tiroirs ministériels, dont on ne leur dit rien. « Je suis prêt à me reconvertir dans une autre discipline, encore faut-il savoir laquelle. » Alors, quand, en sus, les candidats exhument les poncifs sur les profs qui ne travaillent pas assez, ça ne passe plus. « De nouveau, cette vieille idée que l’on ne travaillerait que dix-huit heures. » Lui, entre les machines à entretenir, le matériel à commander et les TP à préparer, il sait qu’il explose le forfait. Syndiqué à la FERC-CGT, il ne se sent pas abattu pour autant, et manifestera. « Mais c’est usant, admet-il. Nos postes sont supprimés, nos salaires bloqués, nos statuts cassés. Et en plus, on nous considère comme des boulets financiers. »
« on casse notre outil de travail »
Il n’est pas le seul, loin s’en faut, à avoir Ségolène Royale et ses « 35 heures de présence » dans le nez. Diffusée sur Internet, la vidéo où on l’entend dire que les profs ne passent pas assez de temps auprès de leurs élèves a fait quelques ravages. Ses propos concernant l’assouplissement de la carte scolaire (1) aussi. « J’enseigne depuis sept ans et c’est la première fois qu’un tel coup au moral est porté par ceux censés nous défendre », raconte Rémi Letrou, prof de philosophie (TZR) à La Rochelle, en Charente-Maritime. Le « nous » désigne la communauté enseignante, chez qui il décèle un recul « des convictions profondes. Les collègues disent qu’ils iront "malgré tout" voter Ségolène ». Non syndiqué, lui se définit plus proche de l’extrême gauche, ce qui ne l’empêche pas de se sentir « lâché ». Et d’évoquer un coup de blues généralisé. « Un phénomène d’apathie, alors que tout le monde est profondément choqué par les dernières mesures. Pourtant, reprend-il, on n’arrive plus à trouver de levier pour mobiliser. » Peut-être le traumatisme du mouvement de 2003 (2), ou encore les départs en retraite qui voient les « fers de lance des luttes » lâcher peu à peu le morceau, analyse-t-il. Peut-être, aussi, l’absence d’avenir. « Le sentiment qu’il n’y a plus rien pour nous, que l’on casse notre outil de travail. » Rémi ne viendra pas à Paris ce samedi, mais il a participé à la collecte pour financer le voyage de ses collègues.
Il n’y a pas de méthode miracle
Blues à tous les étages ? « Non, assène Muriel Hoffmann, professeur des écoles à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne. Du ras-le-bol, de la colère, d’accord. Mais on ne va tout de même pas déprimer. » C’est vrai, nuance-t-elle, certaines collègues qui partent à la retraite lui souhaitent bon courage pour un avenir qui s’annonce sombre. Elle-même nourrit le sentiment qu’on fait porter le chapeau aux enseignants. Dans son collimateur, la directive Robien sur les méthodes d’apprentissage de la lecture au CP (3). « Mais quand tu as 25 mômes, de 4 niveaux différents, il n’y a pas de méthode miracle. » C’est son cas. Un élève de niveau CM1, mais pas assez mature pour passer. Un autre qui aurait eu besoin qu’on lui accorde du temps, mais trop vieux pour la maternelle. Et puis les deux groupes, classiques, à ce stade de l’apprentissage, de ceux qui lisent facilement et de ceux qui calent un peu. « Les uns travaillent en autonomie pendant que je m’occupe des autres. » Insuffisant, forcément, pour les deux enfants isolés. Non syndiquée, mais proche du SNUipp, elle devrait manifester ce samedi, mais se dit non partante pour une grève. « Avant les élections, ça ne changera rien. » Elle attend même que l’orage passe. « Je me concentre sur ma classe. Je me dis que les élections peuvent amener de nouveaux ministres, et de nouvelles réformes. » Son voeu numéro 1 : le retour des emplois-jeunes. « Pour m’aider à travailler en petits groupes. »
(1) Sectorisation des élèves et répartition des postes d’enseignants dans les académies.
(2) Les personnels de l’éducation avaient fait grève plus de deux mois sans gagner sur leurs revendications.
(3) Signée par le ministre de l’Éducation en janvier 2006, elle commande aux enseignants d’abandonner
la méthode globale pure, ce qu’une large majorité assurent avoir fait depuis longtemps.
Marie-Noëlle Bertrand
Article paru dans l'Humanité des Débats édition du 20 janvier 2007
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